Les mots d'Alain

Recueil de poèmes…

Dernier poème

Dernier poème avant la nuit

jusqu’à l’aurore de l’espérance

dont il ne reste que la lie

Vagues du temps qui te soulèvent

jusqu’à l’acmé de ta jouissance

celle de vivre auprès des arbres

de l’océan et des sommets

là où s’accrochent encore tes rêves

avant que l’autan les disperse

au cœur de la plaine où l’amante

en récolte parfois quelques graines

Celles qui feront fleurir un jour

l’aube de sourires enfantins

qui nous font croire quelques instants

que l’innocence nous rassemble

alors que les fureurs des hommes

obscurcissent nos horizons…

Dans la prairie, la rosée blanche

ressemble aux pleurs de nos aïeux

qui ont regroupé leurs souffrances

pour en faire un dernier bouquet.

La Faucheuse est en embuscade

juste aux abords du pont-levis

Un dernier jet de sarbacane

Adieu la vie, passez muscade

Pour Mozart, une dernière aubade

Pour Chopin, une sérénade

et pour vous, ce bouquet de mots

avec ou sans rimes, ils expriment

l’espoir, l’amour, le renouveau…

Bordeaux, 4 février 2022.

blog : lesmotsdalain.wordpress.com

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Saint-Valentin

Rires en cascades dans les salons

Au Sahel, mort d’un nourrisson

Tanks à la frontière ukrainienne

Mais toujours ta main dans la mienne

La Saint-Valentin, c’est bien

Quand elle revit chaque matin…

L’aube du silence en approche

Un petit caillou dans ta poche

Tu n’es plus le Petit Poucet

Tu ne déposes que des couplets

A l’aurore, près de la forêt

L’amour s’effiloche en automne

Avant de geler en hiver

A la plus petite anicroche

On remet son cœur à l’envers

Mais le printemps va revenir

Près de Venise ou du Guadalquivir

Fleurs d’Italie ou bien d ‘Espagne

Tes bras langoureux vont s’ouvrir

Pour accueillir mon corps amoureux

Bientôt, tu vas t’effeuiller de ton pagne…

Les jonquilles fleurissent dans tes yeux

Ton corps danse un tango fougueux

Mais moi, je danse à l’intérieur

Un simple slow d’adolescent

Et quand tu t’approches de moi

Je ressens bouillonner mon sang…

Bordeaux, 14 février 2022

blog : lesmotsdalain.wordpress.com

Echiquier de la nuit

A la mémoire de Camil Sénéca, Pierre Roland, Jacques Le Monnier, Sylvain Zinser

Échiquier de la nuit

Échiquier de la nuit , musicien du silence

Sur la portée du temps tu joue nos mélodies…

Sur l’échiquier inculte, où toutes les pièces dansent

l’âme de nos amis veille sur nos destins

pour guider nos esprits vers des chemins lucides…

Sans même qu’on le sente, ils guident notre main

La partie qui s’invente évoque leurs présences

En chaque coup nouveau s’incarne leur absence…

Tournoi d’Hourtin, 7 juillet 2021.

( blog : lesmotsdalain.worpress.com )

Les hirondelles

Les hirondelles

Les hirondelles ne font plus leur nid

dans la grange où le foin repose

et aucune femme ne se pose

sur mon cœur pour y faire son nid

avec un sourire épanoui

qui fait penser à celui des cimes

quand le soleil les éblouit…

Près de la montagne ou de l’océan

l’homme demeure un enfant

qui rêve d’un amour pérenne

celui qui atténue la peine

d’être un vivant que l’on oublie

Sur la plage, les pas s’effacent

dans la montagne, le torrent rugit

et l’on y marche en solitaire

en se demandant à quoi sert la vie…

Peut-être un jour les hirondelles

nous reviendrons pour nidifier

et bien que nous n’ayons pas d’ailes

nous célébrerons la beauté…

( blog : lesmotsdalin.wordpress.com )

Mémoire

Mémoire

La mémoire, ça vient de la mer

comme le chantait Léo Ferré

Lorsque se cabrent les pur-sang de la mer

Que le ciel se reflète à l’envers

et disperse ses milliers d’étoiles

sur la mer devenue étale…

La mer, je la vois dans la nuit

qui vole aux étoiles leurs lumières

pendant que les marins transis

ont la mémoire de la terre

Mémoire de mer, mémoire de terre

avec les cimes en embuscade

leurs lacs qui se gèlent en hiver

comme les corps sans embrassades…

La vie chemine à cloche-pied

qu’on soit d’Ostende ou de Quimper

avec ses rimes hiéroglyphes

au bord d’un ciel palimpseste

qui n’est plus le même qu’avant

fleuri de cormorans et de mouettes

quand la brume était électrique

et toi le poucet du printemps…

Un voilier qui parcourt le ciel

ça se voit plus dorénavant

L’amour vivant devient fossile

pour les très vieux, trop vieux amants

sans même un frôlement de cils

ni le moindre frémissement…

L’eau de vie se boit à la source

près d’une fille qui t’éclabousse

quand la mer est encore amène

avant que ses flots se déchaînent

et te brisent sur les brisants…

Ceux de la vie qui t’ensorcelle

que tu sois sourcier ou chaman

pendant qu’un air de violoncelle

te bouleverse du cœur jusqu’à l’âme…

Jadis, c’était le corps des dames

qui te faisait naufrager de bonheur

Aujourd’hui, ton horloge est patraque

c’est ton cœur qui bat la breloque

Il ne sait plus compter les heures…

Tu es le vieux loup que l’on traque

sauf les louves en mal d’amour

et les corbeaux dont tu te moques

à l’aube, comme les pendus de Villon

disperseront ton corps dans les sillons…

La mort, comme la mer, toujours recommencée.

( blog : les motsdalain.wordpress.com )

Nuit et soleil La chicorée sauvage se ferme au plein soleil Sous la pluie, elle s’épanouit et m’émerveille par le bleu flamboyant de ses pétales… Comme le regard lumineux, à son réveil de ma belle endormie émergeant du sommeil Moment propice de l’aube où les espoirs renaissent à ce moment précis où les deux tourterelles roucoulent la mélodie de leur amour pérenne… Sous le calice du jour les sépales s’épanouissent et l’on rêve de joies et de moments propices où les cœurs s’harmonisent presque à la fin du jour avant que chienne et louve inventent la pénombre Mais le désir commun ne rencontre aucune ombre si les corps épanouis au pays des délices s’accordent intensément dans le berceau du soir… Et le feu d’artifice de l’acmé du plaisir illumine à lui seul l’immensité du noir de la nuit revenue et qui sera sereine puisque l’amour brûlant consume toutes les peines, rend le moment présent, absolu, éternel, libère un chatoiement au fond de nos prunelles, un éclair fulgurant qui rend la vie plus belle… ( blog : lesmotsdalain.wordpress.com )

Paysage envahi

Paysage envahi

Ce matin, la chicorée sauvage a envahi le paysage
Au bout de quelques pas, je la salue au passage
et me réjouis que chaque été, elle bleuisse mes pages…

Je préfère son visage à celui des gens dans les rues,
visages cadenassés, lèvres fermées et regards vides
Ils semblent sans regards et sans voix,
devenus aphones, esclaves de leur «  smartphone  »
qui rétrécit jour après jour pour eux le monde
où n’existent plus ni Chopin, ni Cézanne ni la Joconde…

Ils n’écoutent plus le chant des oiseaux
ni celui du ruisseau qui rejoint sa rivière

Ils ne regardent plus les gens qu’ils croisent
Ignorent le chant de la pluie sur les ardoises
Le cri-cri des étoiles les soirs de pleine lune
Le crissement du sable qui descend de la dune

Le rire d’un regard que l’on croise au hasard
La souffrance infinie d’une femme seule dans la gare

La fleur d’un sourire qui se donne sans retour
dans votre marche calme au milieu de la foule
des gens qui s’agglutinent au-devant des vitrines
où leur sont proposés des objets inutiles
dont ils n’ont pas besoin mais qu’ils achètent «  en solde  ».

Alors que c’est leur vie qu’ils devraient fructifier
par des brassées d’amour, des bouquets de baisers
ou une simple marche sur un joli sentier
où l’herbe et les feuillages ont goût de liberté…

Le plaisir d’être ensemble au cœur de l’amitié
ou de vivre un amour qui ne soit pas virtuel,
qui vous rend plus léger, qui vous octroie des ailes
qui fait que votre cœur s’envole à tire d’aile
comme le cormoran au-dessus de la mer…

Lorsque le ciel est bleu ou rempli de nuages
que l’on se sent heureux malgré le poids de l’âge
et que l’on rêve encore de tomber amoureux
pour refleurir sa vie en la vivant à deux…

( blog : lesmotsdalain.wordpress.com )

Cristal tremblant Sur le cristal tremblant du soir, un oiseau innocent picore le silence Il plane dans les airs, depuis la nuit des temps, un message éternel, mais nul ne le comprend… Le ciel – prunelle immense – pose sur ma peau nue son regard transparent Osmose : au fond de moi, le tranchant de mes nerfs et le flux noir du sang A l’orée du désir, tintent encore assourdies, les promesses de l’aube Une belle inconnue, vestige de l’enfance, pourlèche tendrement ses lèvres frémissantes : incarnat du plaisir… Transparente, la pluie filigrane mon corps et mon coeur se réjouit d’avoir franchi l’aurore pour bientôt traverser l’écluse de l’été Quelle femme aux yeux clairs cessera mon errance pour apaiser ma chair et que mon âme danse ? ( blog : lesmotsdalain.wordpress.com )

Dans la prairie

Dans la prairie

Je suis assis dans la prairie pour écrire les vers que tu lis, ami lointain ou aquitain

Pour vous aussi, mes tendres amies, auxquelles je pense dès le matin…

Les mots sont des oiseaux volages qui traversent le ciel et les âges

Les boutons d’or me font signe pour éviter que je m’endorme au pied du chêne ou bien de l’orme

Un mulot, mort sur le sentier, ne verra plus le ciel briller

Sa compagne, prénommée Agathe, l’a recueilli dans ses petites pattes. Elle l’enterrera
sous un tertre menu, en souvenir du mulot inconnu.

Avant, c’est lui qui déclarait sa flamme à sa femelle émoustillée. Ils rejouaient «  Une partie de campagne », bien au chaud, au fond du terrier…

Une fourmi, très indiscrète, vient de grimper sur mon soulier. Si elle vient pour faire ses emplettes, elle va devoir se dépêcher, car le ciel tourne à l’orage

Ses associées ne peuvent plus attendre : y’a du travail à terminer. Si elle tarde, elle risque une réprimande et pourrait même être congédiée…

Moi, je vois que l’herbe est tendre, qu’il y a des fleurs sur l’églantier ; que la prairie, blanche de pâquerettes, vient juste de faire sa toilette

Il faudra que j’y songe aussi, pour me rafraîchir quelque peu l’esprit…

L’immense arbre mort est toujours couché. A ses pieds, un surgeon repousse. La vie ne veut pas abdiquer

Des enfants grimpent dessus pour jouer. Parfois, ils font les équilibristes comme s’ils marchaient sur un fil. Quand ils arrivent en bout de piste, ils se présentent de profil

Pour que mes pensées vagabondent, je me relève et rejoins un prunus qui m’éclabousse
de ses fleurs roses

C’est un cerisier du Japon qui vit sa métamorphose et pousse ici comme un fripon pour que je le mette en prose sur un vieux bout de papyrus

Et moi pour ma métamorphose, je souhaite me transformer en rose…

Après avoir quitté la prairie avec un cœur bien plus léger, j’aimerais qu’une belle femme m’accueille avec un bouquet de baisers dans un joli déshabillé…

Je lui donnerai cette feuille avec une brassée de mots tendres et lui promettrai de l’aimer hiver, printemps, automne, été et pour elle, j’inventerai des saisons nouvelles…

( blog : lesmotsdalain.wordpress.com )

Océan-Désert

Océan / Désert

Il a jeté sa bouteille dans le désert. Plus tard, il a crié au milieu de la mer…

Seul le vent a capté ses paroles. Puis, il a regagné son atoll.

Nouveau Robinson solitaire, il a médité face à l’océan. En position zazen, il a immobilisé le temps.

A l’instar des vieux samouraïs, il rengainé son katana dans son fourreau. Le seppuku n’est plus de mise…

La cible qui ne se voit plus demeure toujours la cible.

Et le chemin parcouru rend toujours le présent éternel.

Il a repris son pinceau et sa plume pour peindre des arbres incrustés à flanc de montagne et un homme au loin, minuscule, qui grimpe vers le sommet de ses rêves…

De sa plume, s’envolent des poèmes couleur de vent, d’oiseau, de nuit et d’aurore…

La montagne sera toujours son royaume. Dans le petit matin, constellé de brume, il grimpe la pente pour se rapprocher du ciel parfois bleu ou tourmenté comme celui de son monde intime…

Près de l’azur, là où les songes s’expriment puis s’effilochent, emportés par le vent des cimes.

Au milieu des sommets enneigés, là où les larmes se figent, il se souviendra de sa compagne disparue dans l’Everest avec son sherpa…

Dans la descente, au milieu des mélèzes et près de l’épilobe, il harmonisera son souffle à celui du torrent pour apaiser son sang.

Le vieux loup, devenu solitaire, a quitté la meute, affermi son intime royaume à la fois minuscule et immense…

Seul, à nouveau, dans son repaire, là où les étoiles s’apprivoisent, jusqu’à sa mort, il y vivra sa solitude altière et encore fraternelle…

( blog : lesmotsdalain.wordpress.com )