Les mots d'Alain

Recueil de poèmes…

Soleil et vent

Soleil et vent

Le soleil et le vent ; la pluie qui me ranime
Ma main, comme un oiseau, se pose sur tes rimes

Ton sourire préfigure notre danse immobile

Là-bas, sur l’églantier, un rouge-gorge babille

La pointe de tes seins comme deux petites billes
sous ton corsage blanc apprivoise mon sang…

Le dessein de ma main, déjà, tu le devines
caresser ton visage avant que survienne la bruine
qui brouillera tes traits et la forêt voisine

On marche, solitaire, sur les feuilles roussies
qui, au printemps, seront un humus fertile

Au loin, on voit les ponts qui veillent sur la ville
La Garonne placide attend son mascaret

Je regarde le flot, je dessine tes traits
Je recrée tendrement l’aura de ton absence…

Tu es toujours présente dans les cris du silence

Souvent tu m’accompagnes à l’orée de ma joie
qui sera souveraine quand tu me rejoindras…

( blog : lesmotsdalain.wordpress.com)

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Nouveau matin

Nouveau matin

J’ai rencontré, ce matin, le chevreuil d’autrefois
fuyant comme le vent jusqu’au prochain hallier

Je le vois, par hasard, sur les secrets sentiers
que je parcours souvent et dont je suis le roi
d’un royaume de branches aux richesses communes
quelques chênes vieillis, des orties et des frênes
et barrant mon chemin des ronces vigoureuses…

Je ne demande rien et surtout pas la lune
la terre me convient, ses cimes, même ses dunes…

Les mûres de l’automne sont pour moi une aubaine
et les figues grenat vivifient mon allure
alors que la forêt, autour de moi, murmure…

Quand je suis en Provence, je suis ami de l’yeuse
du Mont Ventoux aux pentes soleilleuses

Je pense à René Char, capitaine du vent
au verbe lumineux, joaillier de l’aurore

Il demeure parmi nous, il nourrit nos silences
comme ferait Mozart quand le piano s’est tu…

L’adulte que l’on est se replonge en enfance
l’époque des secrets et du fruit défendu

Notre cœur assoiffé se rapproche des anges
et l’on songe aux amis dont les voix sont perdues…

( blog : les motsdalain.wordpress.com)

Poème d’outre-temps

Poème d’outre-temps

Les bogues des châtaignes, ce soir, jonchent le sol
lui-même constellé par les feuilles de l’automne

Mon cœur, quant à lui, se promène dans l’air,
brûlé par le soleil, apaisé par la pluie…

Le circuit de mon sang fait le tour de la terre

La nuit, je rêve encore de neuves primevères
et de coquelicots rougissant la prairie
comme l’enfant de chœur au pied du Sacré-cœur,
l’amante en robe blanche et son bouquet de fleurs…

La mésange nonnette saluera notre aurore
à côté des chardons et de la passiflore,
fleur de la passion, saxifrage du temps
qu’il nous reste à aimer quelque soit la saison…

Parfois l’on voit passer au seuil de nos maisons
un être singulier qui nourrira nos songes
pendant que le silence et le désir nous rongent…

Sur la frontière du temps, un désert nous accable
alors que l’on voudrait encore gravir les cimes
ou joindre l’océan et la brisure des vagues,
embrassés par le vent, valeureux et lucides
pendant, qu’au loin, le phare intermittent et stable
appelle nos amis pour qu’ils viennent à nos tables…

( blog : lesmotsdalain.wordpress.com)

L’oasis de ton sourire

L’oasis de ton sourire

Alors que j’erre, seul, dans le désert de mon silence
tu reviens, mon amie, et je m’abreuve dans l’oasis de ton sourire…

Ce matin, à l’orée du sentier, alors que je marchais, les mains dans les poches
un jeune chevreuil s’est enfui à mon approche
Apeuré,comme je le suis lorsque l’aura de la beauté me bouleverse

et que je m’en éloigne sans un mot, sans un geste…

La saison des mûres est passée ; le figuier, lui aussi, a repris son sommeil
Demeurent quelques ronces qui griffent notre vie
semblable à la marelle, entre enfer et paradis…
Ton cœur, tout doucement, vers l’aurore appareille
Tu frôles, en cheminant, l’ombre du laurier-rose
Tu salues, en passant, la chicorée sauvage qui renaît, flamboyante, après tous les orages…

Le chemin ombragé sait où tes pieds se posent
La pente qui t’attend jouxte le firmament

Il suffit de marcher sans rêver d’horizon sauf celui des cimes au-delà des névés
là où le corps s’incline et où l’on peut rêver quand la couleur du ciel décline la saison…

Le courant de tes songes descend vers la vallée, au-delà de la combe que tes pieds ont foulée

Quand tu seras parmi tes amis indociles, qui partagent avec toi paroles et solitude,
toujours lucides et purs malgré les turpitudes
comme jadis Brassens, rédige un codicille
pour leur offrir bientôt tes écrits et ton style…

( blog : lesmotsdalain.wordpress.com)

Sur mes lèvres

Sur mes lèvres

Le vent pose sa joue sur l’épaule du soir

Il reste un peu de toi au fond de mon miroir

Sur le chemin poudreux la trace de tes pas

Tu es toujours absente et pourtant près de moi

Le sentier qui culmine est proche des mélèzes

au-delà, le rocher est son seul compagnon

avec le mince ru qui descend des montagnes

Sur mes lèvres palpite ton unique chanson

C’est auprès des névés que le cœur se réchauffe

Le pas se fortifie à travers les moraines

Avant que l’horizon ouvre son éventail

On embrasse le ciel L’infini nous aspire

Minuscule et immense, on communie alors

avec le plus intime qui nourrit notre sang

On sait que la nuit blanche aussi nous illumine…

( lesmotsdalain.wordpress.com )

Aube nouvelle

Aube nouvelle

Lorsque la tourterelle incante l’aube nouvelle
et réveille lentement nos deux corps assoupis
mon cœur nu appareille vers l’île bleue de ton visage…

Les pétales de ton rire abolissent ma nuit blanche
et notre caravelle est encore dans son anse

Les matelots du sang montent dans les gréements

Je plonge dans tes yeux où flottent des oiseaux
Quelques poissons volants frôlent ta chevelure

Tu t’approches de moi ; tendrement, tu me mords
puis nos deux corps s’arriment pour une nouvelle aurore

Les vagues du désir nous submergent et nous grisent
Ton souffle sur mes lèvres est une neuve brise…

Et lorsque tu me dis : «  De toi, je suis éprise… »,
je sais que tu seras mon ultime rivage
où pointent les collines qui gonflent ton corsage
là, où mes mains fébriles rêvent de faire naufrage
avant que vers l’estuaire où la vie prend naissance
ma bouche inassouvie vienne faire bombance
alors que mes mains nues ensorcellent tes hanches
car c’est toujours en toi que mon plaisir s’épanche…

La tourterelle s’est tue ; nos corps ont jeté l’ancre
Le soleil nous fait signe à travers les volets
et vient éclabousser tes nattes dénouées…

Je puise ma lumière au puits de ta clarté

Et maintenant, je sais : jusqu’au bout de mon âge
Mon cœur cheminera sur l’île bleue de ton visage…

Les portes du silence

Les portes du silence

Quand tu franchis, serein, les portes du silence, c’est que le ciel en toi a tu ses avalanches de nuages courroucés et de toiles éclairées par la main d’un vieux peintre…

La mésange nonnette, posée sur ta fenêtre, égrène lentement les minutes du temps, celui que tu passais, dans ton ancienne enfance, à sculpter des sifflets au cœur du sureau tendre.

Tous les chemins battus par ta marche pérenne, les monts escaladés sur des sentiers pierreux, dans l’attente légère d’autres montagnes à vivre, à côté des isards et du torrent fougueux…

Voyageur immobile sur cette page blanche, tu transformes tes pas en des mots soleilleux qui se posent apaisés lorsque l’air brasille comme bêtes à bon dieu sur les mûriers d’antan.

Quelque part des volets, une porte battante dans une maison bleue où la fillette brune rêve d’un amour blond et d’une orchidée rose dont le cœur épanoui frôlerait sa peau blanche…

Tu songes, toi aussi, à ta vie pérégrine au milieu des mélèzes, auprès des aubépines, après un long sentier qui conduit vers la cime qui te rapproche, enfin, de ton dessein ultime.

Celui de naître au jour, innocent et lucide, comme un très vieil enfant qui n’a pas peur du vide et trace son chemin avec la plume noire qui inscrit sur sa page des mots nimbés d’espoir…

( blog : lesmotsdalain.wordpress.com))

Sur un fil…

Sur un fil…

C’était par une nuit sans lune
Et je rêvais, allongé sue la plage
Soudain je vis, il partait de la dune
Un fil immense, comme sur cette image
Découverte autrefois dans un livre illustré…

J’imaginais alors qu’un archer d’orient
L’avait, un jour, lancé vers l’océan
Mais dans mon rêve, à l’aube, la mer s’est retirée

Le fil se perdait, tendu vers l’horizon
Je me levais alors, remontant le passé,
Celui de mon enfance, parsemée de horions

Le fil était mouillé, sa texture était douce

Je marchais dans le sable, escaladant la pente
Le ciel pommelé guidait mes premiers pas…

Au bout d’une heure, j’atteignis la soupente
Où mon père nourricier m’enfermait autrefois

Dans une vieille malle gisaient de vieux habits
Sans doute ceux-là même de ma petite enfance
Et d’anciennes photos aux couleurs jaunies
un couple très joyeux au bord de la Durance
Accompagné d’enfants tout à fait insouciants

J’ai cru y reconnaître mon oncle et ma tante
Et mon frère disparu lorsque j’avais seize ans
Aujourd’hui, lancinant, son souvenir me hante…

C’est le fil du passé qui traverse le temps
Le fil d’une existence, parfois trop tôt rompu.

Quand le cœur de la vie fait battre notre sang
On pense à nos amis dont les voix se sont tues

Mais il reste le fil qu’ils ont tendu pour nous
Qui nous soutient toujours dans les moments de doute

Leur souvenir demeure, on n’a plus peur du loup
Leur fil est le filin qui guide notre route…

( Écrit en atelier d’écriture à Barbon-Blanc, le 07/11/2017 .
consigne : «  Vous suivez un fil… »)

Blog : lesmotsdalain.wordpress.com)

Petite fille au regard clair

Petite fille au regard clair

La petite fille du tableau me regarde
de son regard qui défie le temps
Coude posé sur un mur gris
Ses boucles blondes incantent le silence
Joues rebondies, pose alanguie…

Elle n’a pas encore connu la souffrance
de ce qu’on appelle la vie
Ses mains posées sur l’espérance
et sur sa robe en organdi…

C’est la grand-mère de mon amie
dont le mari est mort à la guerre

La «  der des der » qu’ils disaient
avant qu’un obus les lacère !

Petite fille au regard clair,
quel message m’envoies-tu
au-delà du temps délétère
qui nous fait vivre et qui nous tue ?

Ce soir quand je baisserai mes paupières,
tes yeux seront aussi les miens

Petite fille au regard clair
que je verrai encore demain…

( blog : lesmotsdalain.wordpress.com)

Engoulevent

Engoulevent

 

Mes cris fanés dans le silence des jours d’été en solitaire

La vie se construit sa vacance dans le sillage de l’étoile polaire

Les étoiles brillent depuis ton enfance comme des ailes d’oiseaux sur tes paupières

L’amour ne pèse rien dans la balance lorsque le destin vous atterre…

La solitude, ton cercueil de verre, où grouillent les vers de ton inexistence

Seul et naufragé sur la terre, tu jettes encore parfois ton encre sur l’océan de ta page blanche comme le premier cri de ta naissance…

Je deviendrai engoulevent, chasseur nocturne dans le vent, pour inscrire mon sillage dans le temps

Marin perché sur la grande hune, le visage éclairé par la lune, je chanterai éperdument une chanson désespérante, revigorante cependant pour les amantes et les enfants…

Lorsque le jour deviendra gris, semblable un peu à la pénombre, j’écarquillerai mes yeux bleus pour percevoir l’amour dans l’ombre, et les sirènes, vers midi, plongeant leurs corps stériles dans l’onde, avant que je plonge, à nouveau, dans le sommeil où chacun sombre…

A l’aube, peu après mon réveil, je cheminerai lentement pour recueillir dans mes mains d’homme des graines d’espoir noires et rouges, sur la treille de la maison bleue qui culmine, là-bas, là-haut, sur la colline…

( blog : lesmotsdalain.wordpress.com)